top of page

 

Résumé du roman "La grande razzia"

Tome I – La naissance du système

De Robert Casanovas

 

 

ISBN : 978-2-488999-07-6

https://www.amazon.fr/dp/B0GHHKVVYL/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À quatre heures du matin, sous la lueur des torches, l'abbé Grégoire contemple les chariots qu'on charge dans la cour d'un bâtiment officiel de Bruxelles. Quarante-trois caisses. Les panneaux du retable de l'Agneau mystique des frères Van Eyck. Les triptyques de Rubens d'Anvers. Des Van Dyck. Des tapisseries. Tout doit prendre la route de Paris avant l'aube. Ce sera le premier convoi. D'autres suivront.

Nous sommes en juillet 1794. La République française vient de conquérir la Belgique. Et dans le sillage de ses armées, une autre opération se met en place. Plus discrète, plus durable, plus ambitieuse que les batailles elles-mêmes. Il s'agit de vider l'Europe de ses chefs-d'œuvre pour en garnir le Museum central de Paris, et faire de la capitale française la capitale universelle de l'art.

La commission spéciale du Comité d'instruction publique réunit les hommes chargés de cette tâche. L'abbé Grégoire préside. Théoricien, ancien prêtre, homme de conviction qui signe les réquisitions tout en mesurant leur violence. À ses côtés, Jean-Baptiste Lebrun, marchand d'art et expert en peinture ancienne, dresse les listes avec la précision d'un chirurgien : à Gand, le retable des Van Eyck, œuvre fondatrice de la peinture flamande ; à Anvers, les grands triptyques de Rubens, la Descente de Croix, l'Érection de la Croix ; dans les palais et académies, des dizaines de Van Dyck et de Jordaens. Jacques-Louis David impose sa vision sans nuances : ces œuvres sont enfermées dans des nefs obscures, il faut les libérer pour les offrir au peuple. Thouin règle les problèmes logistiques. Hassenfratz note les routes, les ponts, les caisses à construire.

Trois équipes partent pour la Flandre. Devant la cathédrale Saint-Bavon à Gand, le chanoine De Vos — vieux prêtre aux yeux rougis — supplie les commissaires d'épargner le retable de l'Agneau mystique, trois cent soixante-deux ans dans cette chapelle, objet de culte devant lequel des générations ont prié. David fait arrêter le vieillard par deux soldats. À Anvers, les triptyques de Rubens sont arrachés à la cathédrale Notre-Dame avec une précision militaire. Grégoire assiste en silence. Il a signé les ordres. La pression de David pour acheminer des trophées à Paris avant l'été menace l'intégrité des œuvres à chaque étape : les panneaux de Van Eyck ont failli être découpés au mauvais endroit, le Rubens d'Anvers a subi une entaille que le restaurateur Barbier passera des semaines à réparer. Les convois prennent la route sous escorte militaire. Les œuvres flamandes entament leur long voyage vers Paris.

Dix-huit mois plus tard, une nouvelle commission se prépare, plus professionnelle, plus systématique. Lebrun a compilé des dossiers de deux cents pages sur les collections italiennes : Milan et ses Léonard, Caravage, Brueghel ; Parme et ses Corrège, la plus grande concentration mondiale de ce maître insaisissable dont Lebrun dit qu'il a inventé une lumière que personne depuis n'a reproduite ; Modène et ses Titien ; Bologne et son école entièrement absente du Museum ; Rome enfin, avec ses sculptures antiques et les trésors du Vatican. Denon, voyageur et connaisseur de l'Italie, apporte la connaissance du terrain. Monge et Berthollet représentent la caution scientifique.

L'inconnue centrale est Bonaparte. Le Directoire vient de le nommer commandant de l'Armée d'Italie. À vingt-six ans, il a déjà compris que les œuvres d'art sont une arme politique autant qu'un butin de guerre. Les armistices qu'il impose aux États italiens comportent des clauses artistiques négociées par lui seul. Les commissaires ne travaillent qu'à l'intérieur du cadre qu'il leur laisse, choisir les pièces spécifiques, veiller à ce qu'elles arrivent entières. Denon le formule sans détour : leur rôle est d'empêcher le pire, pas de décider.

Bonaparte écrase les armées autrichiennes en quelques semaines et dicte ses conditions à une série de princes médusés. À Parme, le duc Ferdinand de Bourbon cède vingt tableaux, dont le chef-d'œuvre absolu de Corrège, Le Jour, deux mètres trente-cinq de panneau de bois de peuplier qu'Hassenfratz devra faire traverser les Alpes dans une caisse isolée contre les variations thermiques. À Modène, la galerie d'Este livre ses Titien et ses Véronèse. À Bologne, ville pontificale, les Carrache et Guido Reni rejoignent les convois. Bonaparte, pressé et précis, réclame les noms qu'il connaît et laisse aux commissaires ce qu'il n'a pas eu le temps de réclamer. Chaque départ est une négociation entre la vitesse militaire et la fragilité des œuvres. Hassenfratz arbitre, résiste, obtient parfois les délais nécessaires. Parfois non.

Au printemps 1797, la commission entre dans Rome. La Ville éternelle impressionne jusqu'aux esprits les plus rationnels. La mission est claire : Bonaparte veut l'Apollon du Belvédère, le Laocoon, le Torse du Belvédère, les symboles mêmes de l'idéal classique occidental. La rencontre avec Visconti, conservateur des musées pontificaux, est le point de friction le plus élaboré de cette séquence romaine. Cet aristocrate romain, fils de conservateur, connaisseur de chaque pièce et de chaque provenance, coopère finalement non par acquiescement mais par calcul : si les Français opèrent seuls, les sculptures risquent d'être endommagées. Son professionnalisme devient la seule forme de résistance encore possible. Il documente tout, pour que l'Histoire sache. L'Apollon, neuf cents kilos de marbre de Paros, est descellé de sa niche. Le Laocoon, groupe hellénistique d'une violence pathétique, est emballé avec soin. Le Torse du Belvédère — fragment que Michel-Ange n'avait pas osé restaurer — prend la route de Paris.

La chute de Venise intervient en mai 1797, quand Bonaparte signe le traité de Campo-Formio qui cède la Sérénissime à l'Autriche après douze cents ans de République. Berthollet arrive dans une ville déjà morte politiquement. Les Chevaux de bronze de Saint-Marc — symbole absolu de la puissance vénitienne, ramenés de Constantinople en 1204 — sont les premiers prélevés, sous les yeux d'une foule silencieuse. Puis commence le pillage systématique des églises et des palais.

L'épisode le plus douloureux se déroule à San Giorgio Maggiore. Dans le réfectoire du couvent, face aux Noces de Cana de Véronèse — neuf mètres soixante-dix de large, six mètres soixante-neuf de haut, deux cent vingt personnages au banquet, peints en 1562 pour ce mur précis, conçus pour n'en jamais bouger, Berthollet prononce trois mots : « On la découpe. » L'opération dure trois heures. Le premier coup de couteau dans la toile produit un son bref, presque délicat. Après le premier lai, Berthollet sort dans la cour du couvent, les yeux fermés, et respire l'air de la lagune. Il ne regarde pas les suivants.

Le pillage de Venise se poursuit méthodiquement, le palais des Doges, les Scuole, les Frari, San Sebastiano. Morosini, conservateur issu de la noblesse vénitienne, oppose à Berthollet une tristesse froide, sans colère : Venise était une République bien avant la France, depuis le XIe siècle. Mais c'était une République aristocratique, donc elle ne compte pas. La résignation des Vénitiens contraste avec la résistance des Milanais et des Romains, parce que Venise a déjà tout perdu. Un cadavre politique ne se défend plus.

Bonaparte rentre à Paris en décembre 1797, couvert de gloire. La ville l'acclame. Le Directoire le craint. Il s'ennuie. La paix continentale est acquise, l'Autriche a signé, seule l'Angleterre poursuit la guerre. Lors d'une réunion au Luxembourg, les Directeurs proposent une invasion de l'Angleterre avec mille chaloupes. Bonaparte les écoute, puis démolit le projet en trois phrases. C'est Talleyrand qui ouvre la vraie perspective : l'Orient, la Méditerranée orientale, la route des Indes. Frapper l'Angleterre là où se trouve sa vraie richesse.

Bonaparte comprend immédiatement que le Directoire cherche à l'éloigner. Mais c'est précisément ce qu'il veut. Il obtient les pleins pouvoirs, un budget illimité, le commandement de l'Armée d'Angleterre. Officiellement pour préparer l'invasion, officieusement pour préparer l'Égypte.

Monge est chargé de constituer la commission scientifique qui accompagnera l'expédition. Cent soixante-sept savants, les meilleurs de France. Les jeunes polytechniciens — Fourier, Jomard, Malus — disent oui avant même que la phrase soit terminée. Conté, l'inventeur du crayon à mine de plomb, demande seulement à emporter tous ses outils, y compris la forge portative. Dolomieu, minéralogiste de réputation européenne, accepte à contrecœur. Berthollet, convoqué directement par Bonaparte, pose une condition : que l'expédition serve vraiment la science, pas seulement les ambitions d'un homme. Bonaparte lui répond que les deux sont inséparables, et que c'est précisément ce qui rendra l'aventure exceptionnelle. Berthollet accepte l'argument sans en avoir l'air.

Le 19 mai 1798, la flotte appareille de Toulon. Trois cent cinquante navires, trente-huit mille soldats, cent soixante-sept savants, des tonnes d'instruments et de caisses. Bonaparte, sur la dunette de l'Orient, regarde le port une dernière fois. Il pense à Alexandre le Grand, qui quitta la Macédoine à vingt ans pour conquérir l'Orient. Lui a vingt-huit ans, trois ans de retard, mais il civilisera là où Alexandre s'est contenté de conquérir. Il retient l'ordre quelques minutes, laisse le silence travailler en lui. Puis il se tourne vers le capitaine Casabianca.

— Capitaine Casabianca, vous pouvez hisser les voiles. Nous partons pour l'Égypte.

Page de garde La grande razia tome 1.jpg

Nos coordonnées

Président : Robert CASANOVAS

Vice-président : Joan Miquel TOURON

Secrétaire général : Patrick GARCIA

Trésorier : Gérard LENFANT

Chargée de mission Europe : Béatrice DE HARO

Chargé de mission Afrique : Mohamed KHOMSI

Chargé de mission Amérique Latine : Juan APARICIO

Chargée de mission Océanie : Françoise CARRERE

Chargée de mission Asie : Isabelle DOS SANTOS

Chargé de mission Amérique du Nord : John STEWART

Inscrivez-vous à notre Newsletter

Merci

International Restitutions est une ONG régie par la loi française du 1er juillet 1901 sur les associations, par l'article 71 de la Charte des Nations-Unies et par la Convention du Conseil de l'Europe du 24 avril 1986

RNA n° W661006366

Siège social : 9, rue des Anges

66450 Pollestres (France)

Téléphone : +33(0)786639161

Mail : international.restitutions@gmail.com

bottom of page